Catfishing : la définition d'une identité d'emprunt
Le mot est devenu une insulte commode : on l’emploie pour des photos qui datent de cinq ans, pour un correspondant qui esquive l’appel vidéo, pour n’importe quelle déception de rencontre en ligne. Le catfishing désigne pourtant quelque chose de précis, et de plus rare : non pas un portrait flatté, mais une identité qui n’est pas la sienne, tenue dans la durée. Voici d’où vient le terme, où passe la frontière avec ses voisins, et ce que le droit comme les plateformes en font.
D’où vient le mot
De la pêche, par un détour cinématographique. En 2010 sort Catfish, documentaire de Henry Joost et Ariel Schulman qui suit Nev Schulman, jeune New-Yorkais engagé dans une relation en ligne avec une femme qui n’est pas celle qu’elle prétend être. Le mari de cette femme y compare sa conduite aux poissons-chats que les transporteurs glissaient, dit-il, dans les cuves de morues pour empêcher les poissons de s’engourdir. L’exactitude halieutique importe peu : l’image a pris. Comme le rappelle Slate, c’est l’émission MTV née du film qui a installé le mot dans la langue courante — neuf saisons et quelque trois cents épisodes avant son arrêt en 2025.
Ce que le terme désigne, exactement
Trois conditions, et elles doivent être réunies. Une identité d’emprunt d’abord : des photographies qui appartiennent à quelqu’un d’autre, souvent un nom et un métier inventés avec. Une relation entretenue ensuite : le catfishing n’est pas un clic, c’est un récit qu’il faut alimenter des semaines ou des mois. Le maintien à distance enfin, signature du procédé : tout ce qui confronterait le récit au réel — caméra, voix, rendez-vous — est reporté par des motifs toujours plausibles pris un à un.
Ce qui tombe hors de la définition est tout aussi instructif. Une photo vieille de trois ans, un âge arrondi vers le bas, une taille généreusement estimée : il y a mensonge, il n’y a pas substitution. Le mot ne décrit pas un écart à la vérité, il décrit l’emprunt d’une autre personne.
Ce qui le sépare du kittenfishing et de l’escroquerie
C’est précisément là que se tient le kittenfishing, dont nous détaillons la famille dans notre lexique du dating : l’embellissement sans fausse identité, le portrait si avantageux qu’il devient trompeur. Le catfishing, lui, suppose un tiers dont on porte le visage.
Deuxième frontière, plus souvent confondue : celle de l’argent. Une identité empruntée précède parfois une escroquerie, pas toujours — elle peut n’avoir aucun objectif financier. Le procédé est en cela l’exact contraire du ghosting : celui qui emprunte un visage ne disparaît pas, il a besoin que la conversation dure.
Ce que le droit français en dit
Le terme anglais s’est imposé sans traduction, mais le droit, lui, connaît le geste sous un autre nom : l’usurpation d’identité. Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif national d’assistance, la définit comme l’utilisation de données permettant d’identifier une personne, sans son accord, pour se faire passer pour elle. L’article 226-4-1 du code pénal en fait un délit puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende, sans qu’aucun gain financier soit nécessaire : il suffit que l’usage de ces données trouble la tranquillité de la personne ou porte atteinte à son honneur. Conséquence qu’on oublie : celui dont les photos ont été détournées est protégé par le texte au même titre, alors qu’il ignore presque toujours qu’un profil circule sous son visage.
Et le faux compte prospère d’autant mieux là où l’inscription ne demande rien, ce qui est la règle sur les offres décrites dans notre article sur les sites de rencontre gratuits sans abonnement.
Pourquoi les plateformes en ont fait un chantier technique
Les ordres de grandeur expliquent le zèle. Dans le rapport de transparence publié en août 2025 au titre du code australien de sécurité des services de rencontre, Match Group fait état de 660 000 comptes suspendus ou supprimés sur ses applications en un an, dont plus de 610 000 au titre des arnaques et du spam : tous les autres motifs réunis — abus, harcèlement, comportements hors plateforme — pèsent une fraction du total. La fraude à l’identité n’est pas un travers marginal du secteur, c’est son premier poste de modération.
D’où le déplacement de la réponse, du signalement vers la porte d’entrée. Le 22 octobre 2025, le groupe a annoncé que Face Check, une courte vidéo-selfie vérifiant qu’un visage est bien présent et correspond aux photos du profil, devenait obligatoire pour les nouveaux inscrits de sept pays et de Californie : plus de 60 % d’exposition en moins aux comptes malveillants, plus de 40 % de signalements en moins. Les autres applications du portefeuille suivent à partir de 2026 — la confiance est devenue un argument commercial pour un secteur qui perd des abonnés.
Gardez la mesure de ce que prouve un tel contrôle : il atteste qu’un visage existe et qu’il correspond aux images affichées, rien du prénom, du métier, de la ville ni du célibat de la personne qui l’a montré. L’erreur à ne pas commettre est de lire le badge « vérifié » comme un certificat de véracité — il garantit un visage, jamais une vie.
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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