Combien de couples se forment sur internet : 5 % ou 22 %

Par Hélène Vasseur · Publié le

Table ronde en marbre dressée pour deux dans un café, deux tasses et un pichet, rue pavée ensoleillée derrière la vitre

Selon la page que vous ouvrez, les plateformes seraient à l’origine de 5 % des couples français, ou de quatre fois plus — parfois en citant la même enquête. L’écart n’est pas une querelle d’experts : il se joue sur la population mise au dénominateur et sur ce que l’on accepte d’appeler « rencontre en ligne ». Ces deux réglages se repèrent vite, et ils rendent lisible n’importe quel chiffre du secteur.

Un seul sondage, deux chiffres opposés

La démonstration la plus nette vient d’une enquête de l’Ifop pour CAM4 et Hot Vidéo, menée en ligne du 7 au 10 juin 2021 auprès de 3 004 personnes de 18 à 69 ans, complétée par 1 002 entretiens téléphoniques les 19 et 20 juin. Interrogé sur l’ensemble des personnes en couple, le même questionnaire donne 5 % de conjoints rencontrés sur un site ou une application de rencontres, et 9 % en comptant tout internet — loin derrière le lieu de travail ou d’études (29 %) et les soirées privées (21 %).

Restreignez la base aux couples récents — personnes en couple ou ayant rencontré un partenaire dans les douze derniers mois — et le chiffre monte à 22 % pour les plateformes, 39 % pour internet au sens large, en hausse de 18 points par rapport à janvier 2020. Rien n’a bougé dans la méthode : on est passé du stock au flux. L’ensemble des couples inclut ceux formés en 1990, quand les grandes familles de plateformes n’existaient pas encore. Un chiffre bas et un chiffre haut peuvent donc être tous les deux exacts.

Ce que la statistique publique a mesuré

Le point de référence français reste l’enquête Épic, conduite par l’Ined et l’Insee en 2013-2014 auprès de 7 825 personnes de 26 à 65 ans, tirées au sort, qui ont décrit 14 699 relations. Marie Bergström y mesure que parmi les personnes ayant rencontré leur conjoint actuel entre 2005 et 2013, moins de 9 % l’ont fait sur un site de rencontre — cinquième position, derrière le lieu de travail, les soirées entre amis, les lieux publics et le domicile de quelqu’un.

L’enquête apporte deux nuances que les communiqués oublient. D’abord, les plateformes produisent beaucoup plus de relations courtes que de couples : 2 % de la population y avait rencontré son conjoint du moment, contre 7 % une relation sans lendemain. Ensuite, elles pèsent différemment selon le moment de la vie : 5 % des premières unions sur la période, mais 10 % des unions suivantes. À l’âge où l’entourage est composé de couples, le service en ligne devient le seul lieu qui fournisse encore des profils — un ressort du segment senior du marché. Les couples de même sexe échappent à la règle : un sur trois s’était formé en ligne sur cette période.

Pourquoi les États-Unis affichent 39 %

Le chiffre américain circule beaucoup, et il est solide : dans l’enquête HCMST exploitée par Michael Rosenfeld et ses coauteurs, 39 % des couples hétérosexuels formés en 2017 s’étaient rencontrés en ligne, contre 22 % en 2009, la rencontre en ligne dépassant la rencontre par des amis vers 2013. Chez les couples de même sexe, la proportion atteint 65 %.

Reste qu’il ne mesure pas la même chose que les nôtres. Bergström relève que le codage large retenu outre-Atlantique compte comme « rencontre en ligne » des couples dont la première rencontre a eu lieu ailleurs : deux anciens camarades d’université qui reprennent contact par internet entrent dans la case. Avec une définition stricte, les mêmes données américaines de la fin des années 2000 tombent autour de 9 %.

Trois réglages à vérifier avant de croire un pourcentage

Quelle base : tous les couples, ou ceux formés récemment ? Quelle définition : un service dédié, ou internet en entier, messageries et réseaux sociaux compris ? Quelle méthode : un échantillon tiré au sort, ou un panel recruté en ligne qui surreprésente les grands usagers du web ? L’Ined avait relevé l’écart sur l’usage des plateformes : 34 % annoncés par un sondage de 2015, 16 à 18 % mesurés au même moment sur échantillon aléatoire. Le même biais frappe les chiffres de formation des couples, comme il rend le nombre de célibataires en France insaisissable.

Dernier réglage, le moins cité : la date. Les données de flux les plus favorables aux plateformes ont été relevées en 2021, au sortir des confinements, et le marché s’est retourné depuis — les grandes applications perdent des abonnés payants alors que les formats en présence reviennent. Un pourcentage de 2021 appliqué à 2026 décrit un monde qui n’existe plus. Devant un « X % des couples se rencontrent en ligne » sans base, sans définition et sans année, vous ne lisez pas une statistique : vous lisez un argument de vente.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
Politique éditoriale et usage de l'intelligence artificielle